Ce qui ne nous tue pas

11€50 - 120 pages - Extraits -

Ça devait faire pile trois semaines que je n’avais pas lu de roman. J’avais relu quelques BD, dont quelques tomes des Profs (autant dire que c’était de circonstance), et relu, parfois en diagonale, certaines des œuvres au programme de mes BAC de littérature et de théâtre. Mais oui, cela faisait trois semaines que je n’avais pas touché un roman. Le plus étrange finalement, c’est que j’avais presque perdu l’envie de m’y remettre.
Mais il faisait beau, chaud, alors j’ai pris le dernier roman d’Antoine Dole, qui traînait dans ma bibliothèque depuis quelques mois. Ça n’avait jamais semblé le bon moment pour le lire. Alors j’ai attendu. Et là je me suis lancé. Et c’était le bon moment. 
Un livre vous attendra toujours, jusqu’à ce que votre cœur de lecteur soit prêt à lui accorder un peu de place. Ne précipitez pas les choses.
  
Ce qui ne nous tue pas … est souffrance.
Lola est une adolescente calme, douce et sensible. En tout cas c’est ce qu’elle était. Jusqu’à ce que l’amour de ses parents, dont elle est le fruit, commence à se déliter. Jusqu’à ce que ceux-ci transforment le calme en tension, la douceur en cris ; jusqu’à ce que tout cela atteigne sa sensibilité de jeune adolescente un peu perdue dans ce qu’elle est, ce qu’elle devient, dans ses relations avec les autres et dans son quotidien de collégienne. Dès lors les chaleureux souvenirs de son enfance, les tendres moments échangés en famille et ce quotidien si calme et doux et heureux deviennent un ensemble brisé en instants tranchants, qui blessent et laissent les plaies ouvertes, à vifs, brûlantes de souffrance.
  
Ce qui ne nous tue pas … nous brise. 
Eraflée, lacérée, déchirée, Lola ne semble plus être qu’une enfance en lambeaux, une enfant qui souffre et qui en veut tellement à ses parents de réduire en cendres ces moments de bonheur. Délicat témoin des braises que sont les émotions de ce personnage si profondément exploré, si solidement tissé, le style d’Antoine Dole -riche, impressionniste, subtil- brode avec soin l’univers en morceau de Lola, sa psychologie tremblante, ses aventures dans un paysage disloqué. Il applique avec soin, comme des pointillés, les sensations par-dessus cette étoffe de mots ; chaque bruit, chaque odeur, chaque détail vient ajouter à l’ensemble des heurts, des cassures, des cavités, des brisures et des éclats comme autant d’imperfections qui font de la vie un amas d’instants à l’harmonie fragile.
  
Ce qui ne nous tue pas … nous perd. 
Ainsi Lola se perd-elle dans les évènements de sa vie, dans les éclats de sa famille, dans ses émotions et en elle-même. C’est donc par hasard, égarée, affamée, qu’elle se retrouve dans l’appartement chaotique d’une vieille femme un peu folle, perdue elle aussi, seule. A elles deux, elles se créent une solitude rassurante, un cocon qui les protège du monde extérieur, un nuage où elles rêvent, toutes deux, un fil de funambule, où elles sont prêtes à tomber, un fil où elles s’appuient l’une sur l’autre. Antoine Dole dresse ce portrait de deux femmes de deux générations à des lieues l’une de l’autre. Un portrait par touches délicates d’un pinceau usé et inégal. Un portrait qui frôle le réel avec tant de douceur que le cœur du lecteur tremble, paisiblement.
  
Ce qui ne nous tue pas … nous rend plus fort. 
Ainsi Antoine Dole, à travers le personnage touchant de Lola, nous apprend-il, en même temps qu’à elle, qu’aimer ce n’est pas seulement les sourires, la sincérité, la douceur et la dévotion, aimer c’est aussi mentir, se disputer, avoir mal pour finalement emprunter le chemin du pardon. Ce qui ne nous tue pas esquisse la tendresse, la fragilité de la vie et de l’amour et le pardon. Ce qui ne nous tue pas ébauche la difficulté de grandir, les déchirures de l’adolescence et la force qui naît de cette bourrasque qui traverse chaque homme, plus ou moins douloureusement.

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1 commentaires:

Théo a dit…

Wow ... Tes chroniques m'avaient manqué cousin ... Ton talent et ta passion aussi <3

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